Éducatrice & Comportementaliste canin

Chiens en France : éducation, comportement, abandons et euthanasies de convenance

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La France compte près de 10 millions de chiens vivant dans les foyers. Derrière ce chiffre se trouvent autant de relations humain–chien, avec des réalités très différentes selon les connaissances des propriétaires, les besoins des animaux, leur environnement et les difficultés rencontrées au quotidien.

Lorsqu’un problème de comportement apparaît et s’installe, les conséquences peuvent parfois devenir importantes : conflits dans le foyer, réduction des sorties, isolement du chien, abandon, recherche d’un placement ou, dans certaines situations, demande d’euthanasie.

Peut-on prévenir une partie de ces situations grâce à une meilleure information, une éducation adaptée et une véritable formation des futurs propriétaires ?

Près de 10 millions de chiens vivent dans les foyers français

En 2024, la population canine vivant dans les foyers français était estimée à environ 9,9 millions de chiens.

Ce chiffre permet de mesurer l’importance de la place occupée par le chien dans notre société.

Mais accueillir un chien signifie bien davantage que lui fournir de la nourriture, un lieu pour dormir et quelques promenades.

Un chien possède des besoins physiologiques, comportementaux, sociaux et émotionnels propres à son espèce, mais également des caractéristiques individuelles liées notamment à son âge, son histoire, ses expériences, son état de santé et son environnement.

Comprendre ces besoins constitue déjà une première forme de prévention.

Éduquer un chien ne consiste pas uniquement à lui apprendre des ordres

Lorsque l’on parle d’éducation canine, beaucoup pensent encore principalement au « assis », au rappel, à la marche en laisse ou à différentes consignes du quotidien.

Ces apprentissages ont leur utilité.

Mais l’éducation d’un chien ne devrait pas se limiter à l’obéissance.

Elle consiste également à lui apprendre progressivement à évoluer dans notre environnement humain tout en respectant ses capacités et ses besoins.

Elle concerne notamment les interactions avec les humains et les autres chiens, l’apprentissage de la solitude, les déplacements, les manipulations, les situations nouvelles ou encore les frustrations rencontrées dans la vie quotidienne.

L’éducation est donc également un outil de prévention.

La manière dont elle est conduite a son importance. Certaines pratiques éducatives peuvent générer du stress, de la peur ou de la douleur et avoir des conséquences sur le comportement et le bien-être du chien.

Toutes les méthodes éducatives ne sont donc pas équivalentes.

Derrière un comportement gênant, il faut chercher à comprendre

Un propriétaire peut rencontrer des difficultés parce que son chien :

  • détruit lorsqu’il reste seul ;
  • aboie de manière importante ;
  • tire fortement en laisse ;
  • poursuit certains animaux ;
  • réagit face à ses congénères ;
  • grogne lors de certaines manipulations ;
  • protège certaines ressources ;
  • pince ou mord ;
  • paraît constamment agité ou incapable de se poser.

Un chien qui détruit n’agit pas par vengeance. Ce comportement doit être replacé dans son contexte : difficulté de solitude, frustration, besoin d’activité, stress, apprentissage, environnement ou autre facteur à identifier.

De la même manière, un chien qui grogne ne cherche pas nécessairement à défier son propriétaire, et un chien qui réagit face à ses congénères n’est pas forcément agressif dans toutes les situations.

Comprendre le contexte, les déclencheurs et la fonction du comportement permet d’éviter de nombreuses interprétations humaines erronées.

Les difficultés peuvent progressivement détériorer la relation

Les problèmes ne conduisent pas nécessairement immédiatement à une séparation.

Très souvent, la dégradation est progressive.

Les promenades deviennent difficiles.

Le propriétaire évite certaines situations.

Les sorties diminuent.

La tension augmente.

Certaines stratégies mises en place pour tenter de stopper les comportements peuvent parfois aggraver la peur, la frustration ou l’excitation.

Le propriétaire se sent alors dépassé.

Et ce qui était initialement un comportement gênant peut devenir une difficulté majeure de cohabitation.

C’est à ce stade que peuvent apparaître des phrases telles que :

  • « Je ne peux plus le sortir. »
  • « Je n’ose plus recevoir personne à la maison. »
  • « Je ne peux plus le laisser seul. »
  • « Je ne peux plus garder mon chien. »

Lorsqu’une situation atteint ce niveau de difficulté, les solutions deviennent souvent plus complexes à mettre en place.

D’où l’importance d’une intervention suffisamment précoce.

Abandon et problèmes de comportement : attention aux raccourcis

Il serait incorrect d’affirmer que les problèmes de comportement sont responsables de tous les abandons.

Une séparation peut résulter de nombreuses situations : décès, maladie, séparation familiale, difficultés financières, déménagement, changement professionnel ou impossibilité matérielle de continuer à accueillir le chien.

Mais les difficultés comportementales peuvent également participer à certaines ruptures.

Il reste aujourd’hui difficile d’obtenir un chiffre national parfaitement exhaustif concernant uniquement les chiens abandonnés chaque année en France.

Les données disponibles proviennent de différentes structures — refuges, associations, fourrières — et leurs modes de recueil ne sont pas toujours identiques.

Il est donc préférable de rester prudent avec certains chiffres largement repris dans les médias ou sur les réseaux sociaux.

En revanche, les structures de protection animale font régulièrement face à des demandes de prise en charge supérieures à leurs capacités.

Cela amène à poser une question essentielle :

combien de ces situations auraient pu être prises en charge plus tôt ?

Les euthanasies de convenance : de quoi parle-t-on ?

Il existe également une réalité beaucoup moins connue du grand public : les demandes d’euthanasie ne reposant pas sur une indication médicale de fin de vie.

Le Centre national de référence pour le bien-être animal utilise notamment la notion d’euthanasie de convenance.

Elle correspond à la mise à mort d’un animal qui ne présente pas une situation médicale ou psychique justifiant l’euthanasie dans l’objectif de mettre fin à des souffrances.

Cette situation doit être distinguée de l’euthanasie pratiquée lorsque l’animal souffre d’une maladie grave, incurable ou d’une dégradation importante de sa qualité de vie.

Elle doit également être distinguée des situations comportementales extrêmement graves.

Euthanasie comportementale et euthanasie de convenance ne sont pas synonymes

Cette distinction est essentielle.

Un chien peut présenter un comportement réellement dangereux ou une souffrance comportementale importante.

Dans certaines situations complexes, après évaluations et prises en charge, la question de l’euthanasie peut malheureusement se poser.

Il ne s’agit alors pas nécessairement d’une euthanasie dite « de convenance ».

À l’inverse, un comportement perçu comme insupportable ou dangereux par un propriétaire peut parfois être interprété différemment après une véritable évaluation professionnelle.

Un grognement, une réaction en laisse ou un incident isolé ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer la dangerosité globale d’un chien.

Chaque situation doit être étudiée individuellement.

Environ 40 000 euthanasies de convenance ou non médicalement justifiées par an

Un chiffre est régulièrement repris dans différents travaux parlementaires français : celui d’environ 40 000 euthanasies de convenance ou non médicalement justifiées par an dans les cabinets vétérinaires.

Cette estimation provient d’un travail réalisé en 2017 par la vétérinaire Claire Borrou-Mens dans le cadre d’un mémoire consacré aux problèmes éthiques posés par l’euthanasie de convenance.

Ce chiffre a ensuite été repris notamment dans des travaux parlementaires au Sénat, dans le rapport de Loïc Dombreval consacré au bien-être animal et dans une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale en 2025.

Il est toutefois important de préciser qu’il s’agit d’une estimation extrapolée, et non d’un recensement national exhaustif.

Ce chiffre doit donc être utilisé avec prudence.

Il montre néanmoins que le sujet n’est pas anecdotique et qu’il fait depuis plusieurs années l’objet de réflexions professionnelles, éthiques et législatives.

Pourquoi certaines demandes d’euthanasie sont-elles formulées ?

Les situations peuvent être très différentes.

Certaines demandes peuvent être liées à des changements importants dans la vie du propriétaire : séparation, déménagement, difficultés financières, perte d’autonomie ou modification du mode de vie.

D’autres peuvent être liées à des comportements considérés comme devenus impossibles à gérer : agressivité, morsures, destructions, vocalises, difficultés de solitude ou réactions importantes face à certains stimuli.

Cela ne signifie pas que ces comportements justifient automatiquement une euthanasie.

Cela montre surtout l’importance d’une évaluation complète avant de considérer qu’aucune autre solution n’est possible.

Lorsqu’un comportement change brutalement, la première étape doit également être de rechercher une éventuelle cause médicale ou douloureuse avec un vétérinaire.

Mes observations / mon avis

Dans mon activité professionnelle, je constate régulièrement que les propriétaires ne manquent pas nécessairement de bonne volonté.

En revanche, beaucoup découvrent réellement le fonctionnement et les besoins du chien lorsque les premières difficultés apparaissent.

Or, à ce moment-là, certains comportements sont parfois installés depuis plusieurs mois, voire plusieurs années.

Ils ont parfois été minimisés, mal interprétés ou gérés avec des réponses peu adaptées à la situation.

La relation entre le propriétaire et son chien peut alors progressivement se détériorer.

À mon sens, la prévention devrait donc commencer bien avant d’arriver au stade de l’abandon ou d’une demande d’euthanasie.

Un certificat ou un permis ne suffisent pas nécessairement

Depuis 2022, un certificat d’engagement et de connaissance est obligatoire avant l’acquisition de certains animaux de compagnie, notamment le chien.

Cette démarche constitue une première sensibilisation.

Mais elle reste très différente d’une véritable formation.

Parmi les solutions parfois proposées figure également la création d’un permis de détention pour les animaux de compagnie.

Pour ma part, je ne pense pas qu’un simple permis administratif suffirait.

Le permis de conduire ne fait pas automatiquement de quelqu’un un bon conducteur.

De la même manière, posséder un document autorisant la détention d’un chien ne signifie pas forcément comprendre son comportement, ses besoins ou savoir réagir lorsque les premières difficultés apparaissent.

Une véritable formation obligatoire sur plusieurs cours

La solution qui me semblerait plus pertinente serait une véritable formation obligatoire, adaptée à l’espèce concernée et répartie sur plusieurs cours.

Pour les chiens, cette formation pourrait être réalisée avec un éducateur canin qualifié.

Il ne s’agirait pas seulement d’une séance théorique ou d’un document à signer.

Il s’agirait d’un véritable parcours d’apprentissage.

Cette formation pourrait notamment aborder :

  • les besoins fondamentaux du chien ;
  • son développement ;
  • sa communication ;
  • les signaux de peur, de stress et d’inconfort ;
  • ses besoins physiques, mentaux, sociaux et masticatoires ;
  • le fonctionnement des apprentissages ;
  • les bases éducatives nécessaires à la vie quotidienne ;
  • la prévention de certaines difficultés comportementales ;
  • l’observation du chien ;
  • les situations nécessitant une consultation vétérinaire ;

les situations nécessitant un accompagnement éducatif ou comportemental.

Une partie pratique me semblerait également essentielle.

Connaître théoriquement le comportement canin n’est pas la même chose que savoir observer son propre chien et adapter ses réactions.

Une formation qui commencerait avant et se poursuivrait après l’acquisition :

L’intérêt d’un parcours réparti sur plusieurs séances serait justement de ne pas tout concentrer avant l’adoption.

Une première partie pourrait préparer le futur propriétaire avant l’arrivée de l’animal.

Puis plusieurs séances pourraient accompagner les premières semaines ou les premiers mois de vie commune.

Cela permettrait de répondre aux difficultés réellement rencontrées, de corriger certaines incompréhensions et d’éviter que de petites difficultés ne deviennent progressivement de véritables problèmes de comportement.

L’objectif ne serait pas de transformer chaque propriétaire en professionnel.

Il serait simplement de lui donner un socle minimal de connaissances et de compétences avant de devenir responsable d’un animal qui partagera parfois son quotidien pendant dix ou quinze ans.

Prévenir les abandons et certaines difficultés comportementales : 

Une telle formation ne supprimerait évidemment pas tous les abandons ni tous les problèmes comportementaux.

Certaines situations sont liées à des événements de vie imprévisibles, à des pathologies, à l’histoire individuelle du chien ou à des problématiques particulièrement complexes.

Mais elle pourrait probablement contribuer à réduire certaines situations liées :

  • aux acquisitions impulsives ;
  • aux choix de chiens inadaptés au mode de vie du foyer ;
  • aux attentes irréalistes ;
  • à la méconnaissance des besoins du chien ;
  • aux erreurs éducatives répétées ;
  • à la mauvaise interprétation de certains comportements ;
  • au manque de prévention ;
  • et à une prise en charge trop tardive.

Elle pourrait également permettre aux propriétaires de demander de l’aide plus rapidement, avant que la relation ne soit complètement détériorée.

À mes yeux, la prévention des abandons et de certaines demandes d’euthanasie ne devrait donc pas commencer lorsque le propriétaire cherche déjà à se séparer de son chien.

Elle devrait commencer avant l’acquisition et se poursuivre pendant la construction de la relation humain–chien.

Former réellement les propriétaires pourrait ainsi devenir un véritable outil de prévention des difficultés comportementales, des ruptures de relation et, potentiellement, d’une partie des abandons et des euthanasies de convenance.

Sources:

Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire
La lutte contre l’abandon des animaux de compagnie.
Données concernant notamment la population canine française, estimée à environ 9,9 millions de chiens vivant dans les foyers en 2024.

Ministère de l’Agriculture
Animaux de compagnie, équidés : tout savoir sur le certificat d’engagement et de connaissance.
Informations sur le dispositif obligatoire avant l’acquisition d’un chien.

Centre national de référence pour le bien-être animal – CNR BEA
Pratiques et outils d’éducation canine.
Travaux concernant notamment les effets des pratiques éducatives sur le comportement et le bien-être du chien.

Centre national de référence pour le bien-être animal – CNR BEA / OCAD
Proposition d’une définition de l’abandon et d’une liste fermée de motifs d’entrée et de sortie des chiens et des chats dans les structures d’accueil.
Travail abordant notamment l’euthanasie de convenance et la distinction avec d’autres motifs d’euthanasie.

Claire Borrou-Mens – Université de Strasbourg, 2017
Problèmes éthiques posés par l’euthanasie de « convenance » de l’animal.
Mémoire ayant servi de base à l’estimation d’environ 40 000 euthanasies annuelles non médicalement justifiées en cabinets vétérinaires.

Sénat – Amendement COM-99, 2021
Travail parlementaire reprenant l’estimation d’environ 40 000 euthanasies annuelles en établissements vétérinaires, tout en rappelant qu’il s’agit d’une extrapolation.

Loïc Dombreval – Rapport sur le bien-être des animaux de compagnie et des équidés, 2020
Rapport parlementaire évoquant également environ 40 000 euthanasies non médicalement justifiées en cabinets vétérinaires.

Assemblée nationale – Proposition de loi n°1299, avril 2025
Proposition visant notamment à encadrer et interdire certaines euthanasies de convenance concernant les chiens et les chats.